"Goals First", un modèle de soin centré sur la personne

Ce retour de terrain publié dans la revue Psychiatric Services décrit une démarche de transformation de la planification des soins dans l’unité psychiatrique de l’hôpital Harlem à New York.

L’auteur, confronté à un conflit éthique dans l’exercice de sa fonction, remet en cause le modèle traditionnel de soins psychiatriques centré sur la pathologie, qu’il percevait comme particulièrement dommageable dans une communauté déjà confrontée à d’importantes injustices.

Le modèle traditionnel

En effet, le modèle conventionnel qu’il remet en cause commence par identifier les problèmes (diagnostics, pathologies), se donne des objectifs dérivés de ces problèmes, des sous-objectifs mesurables et des interventions pour les atteindre.

Or, d’après l’auteur, ce modèle renforce une hiérarchie biomédicale où :

  • La pathologie définit l’identité de la personne
  • L’asymétrie de pouvoir médecin-usager est renforcée
  • L’individualité et le potentiel de rétablissement des usagers est effacée
  • Les soins servent souvent davantage les besoins du système que ceux des usagers

Le modèle Goals First

A rebours de ce modèle traditionnel, le modèle "Goals First" propose une inversion de ce paradigme en partant des objectifs définis par la personne, le repérage des obstacles à l’atteinte de ces objectifs, la définition de sous-objectifs en concertation avec la personne et la mise en place d’interventions multidisciplinaires.

Ainsi, Goals First ne demande pas à l’usager d’adhérer aux priorités cliniques des soignants, mais requiert de l’équipe de soin ou d’accompagnement qu’elle concentre ses efforts sur les objectifs exprimés par l’usager.

Quelle mise en œuvre ?

En termes de mise en œuvre, il a fallu enclencher un processus de transformation des approches au sein du service qui s’est traduit par une adhésion rapide du personnel, acculturé par l’histoire des droits civiques de Harlem, la refonte des outils de suivi et des sessions de formation.

Quels impacts ?

Les premiers constats à l’issue de l’implantation du modèle Goals First sont prometteurs :

Pour les usagers, ce modèle accroit le pouvoir d’agir et restaure la dignité des personnes.

Pour les équipes de soin, la démarche n’exclut pas le besoin d’expertise clinique ou de raisonnement diagnostique mais mobilise la créativité et les compétences dans une structure où les objectifs de vie de la personne priment sur sa pathologie. Enfin, la démarche engage une transformation culturelle sensible et durable au sein des équipes.

En écho aux pratiques orientées rétablissement, Goals First semble représenter une évolution décisive : plutôt que de définir les usagers par leurs pathologies et de leur imposer des objectifs dérivés de diagnostics, le modèle reconnaît d’abord leur humanité et leurs aspirations, mobilisant ensuite l’expertise clinique pour lever les obstacles à la réalisation de ces aspirations. La démarche opère un renversement de la hiérarchie traditionnelle des soins, plaçant le projet de vie de la personne, au centre du parcours de soin.

Source  :

« Goals First : Centering Inpatient Psychiatric Care on the Person, Not the Problem », Omar F. Mirza, Psychiatric Services, 10 décembre 2025

Pour contacter l’auteur omar.mirza chez nychhc.org