Plus de 11 millions de Français accompagnent au quotidien un proche malade, handicapé ou en perte d’autonomie. Une fonction essentielle mais épuisante, souvent invisibilisée.
Retour sur l’émission de France Inter - Grand bien vous fasse !
Une émission consacrée aux aidants à l’occasion de la sortie du livre « Aidants et fiers de l’être »

Ils sont plus de 11 millions, au bas mot, à aider un proche atteint d’une pathologie, d’un handicap, d’une perte d’autonomie. Ils fournissent de l’aide et de l’amour à un père, une mère, un enfant, un grand-parent, un mari, une femme, un concubin, un membre de sa famille ou un ami…Comment répondre aux besoins d’aide d’un proche tout en respectant ses propres besoins, alors qu’il s’agit d’une tâche harassante où peut naître un sentiment de culpabilité, le sentiment de ne pas en faire assez… Comment faire face à la colère, à la fatigue ou à la sensation d’être dépassé par les évènements, ou de passer à côté de sa vie ? Comment gérer les conflits, les tensions avec les autres membres de la famille ?
Une charge mentale et physique considérable
Soutien moral, surveillance médicale, démarches administratives, gestion des urgences : les aidants cumulent des responsabilités. Cette charge représente, selon les études, des dizaines de milliards d’euros par pays. Le professeur Nicolas Franck, psychiatre et chef de pôle au centre hospitalier Le Vinatier à Lyon, co-auteur de Aidants et fiers de l’être (Odile Jacob, février 2026), alerte : "Un aidant non-soutenu, c’est à la fois une personne qui peut souffrir, qui peut gâcher sa vie, entrer dans des maladies. Et l’aidant qui souffre ne peut pas aider correctement la personne aidée. Donc ça fait deux personnes qui sont potentiellement en souffrance, soit physiques, soit morales."

Avec le journaliste et présentateur Ali Rebeihi, le Professeur Nicolas Franck et Bénédicte Chenu (aidante)
Pour Bénédicte Chenu, mère et aidante de son fils Charles atteint de schizophrénie, accompagner un proche atteint de maladie psychique comporte une dimension particulière : "C’est plutôt une charge mentale, une charge d’angoisse, une charge sur la stigmatisation." Elle témoigne avoir perdu son emploi après l’hospitalisation de son fils, illustrant l’impact professionnel que subissent de nombreux aidants.
Culpabilité et isolement
Beaucoup d’aidants souffrent d’un sentiment de culpabilité tenace. Le professeur Franck rappelle que cette culpabilisation, notamment dans le domaine de la santé mentale, repose sur de faux stéréotypes : "La schizophrénie, c’est une maladie qui a des causes génétiques. Les parents ne la transmettent pas."
Ces accompagnants dévoués souffrent ausi souvent d’isolement social. Céline, aidante de son frère déficient mental depuis le décès de leur mère, confie : "Tout le monde dit généralement ’comment va ton frère ?’, mais personne ne demande ’est-ce que tu as besoin d’aide ?’. C’est une solitude immense. Au boulot, on a osé me dire : ’Je me demande si, vu ta situation structurelle, donc le handicap de mon frère, tu peux avoir un poste à responsabilité. J’ai été dégagée d’un poste à cause de ça."
Des ressources pour ne pas s’épuiser
Face à l’ampleur du phénomène, des solutions émergent. La psychoéducation permet aux aidants de mieux comprendre la pathologie de leur proche et d’adapter leur accompagnement. Bénédicte Chenu souligne l’importance de l’entraide entre pairs : "Les associations, les programmes de psychoéducation, on y passe du temps, on apprend des choses et on a des liens."
Des initiatives comme l’application FamiRelayfacilitent la coordination entre les aidants, leur entourage et les intervenants professionnels, ou le dispositif de baluchonnagequi offre du répit. L’association La Pause Brindille, fondée par Axelle Enderlé, accompagne quant à elle le million de jeunes aidants âgés de 7 à 25 ans. Le professeur Franck insiste sur un message essentiel : "Prendre soin de soi, ça permet de mieux s’occuper de son proche."
