Pair-Aidance

Les pratiques d’accompagnement et de soutien par les pairs concernent les individus décidés à faire face aux épreuves et à se prendre en main, avec le soutien de leurs pairs(1).


Historique :

L’histoire de la pair-aidance en santé mentale commence en France à la fin du 18ème siècle. L’aliéniste Philippe Pinel embauche Jean–Baptiste Pussin, un ancien interné de l’hôpital. Il remarque que la façon de procéder de Pussin avec les aliénés était très efficace : Pussin était très humain avec les malades, et lorsque ceux-ci étaient libérés de leurs chaînes, ils se comportaient bien.

Au milieu du 19è siècle, s’organisent aux Etats-Unis de petits groupes d’anciens buveurs qui se réunissaient pour se soutenir dans leurs démarches d’abstinence. Cela a débouché sur la création des Alcooliques Anonymes vers 1930. Les Alcooliques Anonymes ont fait la démonstration que le partage et l’échange d’expériences représentaient une réponse thérapeutique efficace(2).

A partir de 1950, des associations d’usagers en santé mentale ont également contribué à prouver la pertinence de la pair-aidance. Ils ont montré que l’utilisation par les malades de leur propre expérience est une variable majeure dans le processus de rétablissement des autres(3).

Depuis 2005 en France se sont développés des Groupes d’Entraide Mutuelle (GEM). Les GEM sont des espaces de vie où les personnes se retrouvent pour se rencontrer, parler (groupe de parole), participer à des activités et la plupart des structures sont autogérées : les personnes rompent l’isolement, retrouvent des responsabilités si elles le souhaitent et une place active dans la société.

Depuis 2012 en France, en s’inspirant de modèles canadiens notamment, la pair–aidance en santé mentale se professionnalise, à travers l’expérimentation du CCOMS des Médiateurs de Santé Pair(4). Aujourd’hui une trentaine de médiateurs de santé pair (MSP) sont en poste dans des services hospitaliers et médico-sociaux. Les MSP font partie de l’équipe soignante et médico-sociale. Ils mettent leur savoir expérientiel des troubles et du rétablissement au service de l’accompagnement de leurs pairs mais aussi participent à une certaine vision du soin plus humaine, orientée rétablissement.


Témoignage :

"Pour moi, la pair-aidance ou soutien par les pairs est une chance. La chance est un heureux hasard, celui qui éclaire les esprits. Et de cette lumière renaît l’espoir, un espoir habité. Habité par la vie, originaire d’un souffle de mort parfois, parcouru par le vent de la folie, l’ivresse d’une renaissance… La pair-aidance, c’est la magie du partage dans les attitudes, le non-verbal qui libère la parole. La parole, le rire et les pleurs aussi s’accueillent dans le respect des différences de l’autre et de ce qu’il nous renvoie de nous-même aussi. La pair-aidance est une relation horizontale : en échange du don de soi, on reçoit un cadeau intime. Ce partage de particularités amène à retrouver un sens commun, à ne plus se sentir seul. S’accompagner mutuellement pour mieux vivre avec soi-même. La pair-aidance, ce soutien entre semblables permet ainsi de mieux accepter sa différence. En effet, le miroir du pair renvoie simplement une partie de son image et ce socle commun, pétri d’expériences permet à son identité propre d’exister."


Références :

1- Gardien E. L’accompagnement et le soutien par les pairs. PUG. 2017
2- Le Cardinal P, Roelandt JL, Rafael F. , Vasseur-Bacles S, François G, Marsili M. Pratiques orientées vers le rétablissement et pair-aidance : historique, études et perspectives. L’information psychiatrique 2013 ; 89 : 365-70 doi :10.1684/ipe.2013.1070
3- Tourette-Turgis C. Pour trouver l’expert, cherchez le patient. Le Monde La Vie n°21. Edition Hors série. 6 juillet 2017
4- Roelandt JL., Staedel B. L’expérimentation des médiateurs de santé-pairs. DOIN. 2016

Rédactrice : Camille Niard, médiatrice de santé-pair au Centre ressource, mise à jour : avril 2018