COVID619 : Ressources et recommandations venues d’ailleurs

A travers cette sélection d’articles issus de la littérature scientifique internationale dédiée au COVID-19, nous vous proposons un état des lieux des liens entre crise sanitaire et santé mentale, pour vous informer et vous aider à prendre soin de vous et de vos patients.

Recommandations de la Société italienne de psychiatrie épidémiologique : réorganiser l’accompagnement des personnes souffrant de troubles de la santé mentale en contexte d’épidémie

Source : “COVID-19 disease Emergency Operational Instructions for Mental Health Departments issued by the Italian Society of Epidemiological Psychiatry”
Corresponding Author : Maria Ferrara : maria.ferrara chez yale.edu

Dans l’urgence actuelle liée au COVID-19, maintenir le réseau des services de psychiatrie opérationnel, en particulier pour les plus vulnérables (personnes atteintes de troubles mentaux, de handicap et de maladies chroniques) relève non seulement d’une exigence éthique mais aussi d’une responsabilité de santé publique.

Dans le même temps, limiter la propagation du COVID-19 au sein des services extra et intra-hospitaliers de santé mentale constitue une nécessité.

Ces recommandations, publiées pour la première fois, en ligne, le 16 mars 2020, dans leur version originale en italien, fournissent une description détaillée des actions proposées par la Société italienne de psychiatrie épidémiologique, telles qu’adressées aux services de santé mentale italiens, en contexte de pandémie de COVID-19.

Consulter la traduction intégrale de l’article en français proposée par le Centre ressource de réhabilitation

Personnes souffrant de troubles psychiatriques sévères et COVID-19 : des conseils pour agir

Source : “Addressing the COVID-19 pandemic in populations with serious mental illness”

Un article d’opinion publié par le JAMA le 2 avril 2020 apporte repères et recommandations pour accompagner, de façon adaptée, les personnes souffrant de troubles psychiatriques sévères en période de crise sanitaire, tout en insistant sur leur très grande vulnérabilité. Quelles stratégies disponibles pour limiter les conséquences de l’épidémie sur les personnes souffrant de troubles psychiques sévères ? Comment se protéger en tant que professionnels tout en assurant la continuité des soins ? Des solutions existent qui requièrent une mobilisation de toutes les personnes et structures concernées, aussi bien les usagers des services de psychiatrie, les professionnels de santé, les services de santé communautaires, et les instances de l’État doivent pouvoir fonctionner ensemble, de façon coordonnée.

Pourvoir les personnes d’informations claires, mises à jour, et de ressources pratiques et spécifiques pour renforcer leur pouvoir d’agir et prendre soin d’eux en contexte de confinement est essentiel. Les personnes souffrant de troubles psychiatriques sévères pourront pour certaines avoir besoin d’être particulièrement accompagnées, avec pédagogie, au suivi des obligations de distanciation sociale, aux bons gestes pour se prémunir du virus chez soi et au moment des sorties autorisées. Là aussi, adapter les messages, les répéter, les rendre faciles à comprendre, les scénariser, constituera un enjeu important de prévention.

L’isolement social et psychologique qui peut survenir dans le cadre du confinement sera évoqué avec la personne et des stratégies d’adaptation construites avec la personne, pour faire face. L’ensemble des services de soutien à distance disponibles auront été présentés.

Les professionnels en psychiatrie seront formés pour reconnaitre les symptômes du COVID-19 et contrôler la propagation du virus, tant pour eux-mêmes que pour les personnes accompagnées. Les professionnels devront être soutenus pour préserver leur propre bien-être, leur sécurité. Les téléconsultations seront privilégiées et si des visites en présentiel sont nécessaires, elles se feront auprès des personnes seules, plutôt qu’en groupe.

Des services de garde au domicile pour les professionnels qui auraient des enfants ou devraient par ailleurs prendre soin de leurs aînés , leur seront proposés. A fortiori, s’ils sont soumis à des horaires atypiques. Le soutien de leurs collègues sera également décisif pour les aider à tenir bon, tant physiquement que mentalement surtout si la période de pandémie se prolongeait dans le temps.

Des protocoles de réorientation des personnes infectées devront être mis en place dans les établissements. Les conditions pour une protection optimale seront rassemblées : possibilité de lavage des mains, espaces ventilés, dispositif de détection et de contention des risques de contamination.

Dans chaque pays, pendant le confinement et ensuite, de nouvelles législations, régulations et décisions politiques sont et seront mises en place pour limiter les effets sanitaires et économiques du COVID-19. Ces politiques vont s’imposer avec une urgence toute particulière pour soutenir les populations souffrant de troubles psychiatriques sévères, au regard de leur vulnérabilité accrue. Cela passera par des aides au logement, des aides sociales pour les personnes qui n’auront pas pu exercer leur emploi. Être en mesure de rassurer ces populations et leurs proches, avec des dispositions concrètes, est crucial pour ne pas aggraver l’état d’anxiété lié à la situation de crise sanitaire.

Les conséquences sociales du COVID-19 seront sans précédent. Et pour ces populations, en particulier. Elles représenteront un défi de taille pour les services et professionnels qui les accompagnent. Aussi, développer des réponses intersectorielles et coordonnées est essentiel, associé à un plan d’action sur mesure, à plusieurs niveaux d’action : économique et social, éducative et sanitaire pour minimiser les impacts possibles sur ces populations à très haut risque.

Impact de la prise en charge du COVID-19 sur la santé mentale des soignants

Source : “Factors associated with mental health outcomes among health care workers exposed to Coronavirus Disease 2019”

Les professionnels de santé mobilisés dans le cadre de l’accueil et de la prise en charge des personnes infectées au COVID-19 sont sur-exposés au risque de présenter un trouble de la santé mentale. Quels sont plus spécifiquement les facteurs de risque associés à l’émergence de ces troubles chez les soignants ? Quels sont les profils de personne/situation les plus à risque ?

Une étude publiée dans le JAMA Psychiatry le 23 mars dernier a identifié, à partir d’une enquête réalisée auprès d’un échantillon de 1 257 soignants exerçant au sein de 34 hôpitaux en Chine, des tendances dans le risque de développement de troubles de la santé mentale chez les soignants en contexte de gestion de la crise sanitaire.

Parmi ces soignants, 813 soit 64,7 % de l’échantillon étaient âgés de 26 à 40 ans et plus de 75 % étaient des femmes. 764 répondants étaient des infirmiers et infirmières et 493, des médecins. 760 (60.5%) exerçaient dans des hôpitaux de Wuhan, et 522 (41,5 %), en première ligne.

Un nombre très considérable de soignants ont déclaré des symptômes dépressifs, soit 50,4 %, d’anxiété (44,6 %), d’insomnie (34 %), et de souffrance psychologique(71,5 %).

Les infirmiers et infirmières, les femmes, les soignants en première ligne et ceux et celles exerçant à Wuhan, rapportaient des niveaux de sévérité majorés sur l’ensemble des symptômes précités au regard des autres soignants. Les analyses multivariées ont révélé un risque plus faible de détresse psychologique chez les soignants exerçant en-dehors de la région de Hubei comparés à ceux exerçant à Wuhan.

Pour les soignants en 1ère ligne impliqués directement dans le diagnostic de l’infection, dans le traitement et la prise en charge des patients, le risque de présenter des symptômes de dépression, d’anxiété, d’insomnie et de souffrance psychologique était significativement plus élevé.

Le manque vécu de ressources pour se protéger, l’afflux continu des personnes infectées, l’exposition au COVID-19 constituent des facteurs de risque pour la santé mentale des soignants et justifient la mise en place rapide de dispositifs de soutien pour les soignants.

La santé mentale de nos aînés : un nouveau regard sur des besoins non couverts

Source : “Mental health services for older adults in China during the COVID-19 outbreak”

Un article paru dans le Lancet Psychiatry en février 2020, met en évidence les lacunes du système sanitaire chinois telles que révélées par la crise sanitaire du COVID-19. La Chine est constituée d’une population de seniors très importante.

En 2017, elle représentait 17, 3 % de la population globale. Du fait du confinement et de la suspension des transports publics, les services en ligne de soutien psychologique ont été largement adoptés. Or, les personnes âgées ont un accès encore limité aux outils de l’internet et aux smartphone en Chine et ailleurs, en termes de compétences numériques. Par ailleurs, dans la plupart des régions en Chine, les personnes âgées souffrant de troubles psychiatriques, stabilisées, et leurs aidants, doivent consulter en hôpital de jour chaque mois pour le renouvellement de leurs prescriptions médicamenteuses. La mise en quarantaine et la suspension des transports publics constituent des obstacles à la continuité des traitements de ces populations.
A l’évidence, la crise du COVID-19 a mis en lumière des défis immenses pour la santé mentale des seniors. En Chine et vraisemblablement dans d’autres pays en crise sanitaire, le constat est sans appel : il n’y a pas eu suffisamment d’attention portée à la santé mentale de ces populations particulièrement vulnérables, ni de réponse adaptée. Celle-ci requiert de la part de l’ensemble des parties prenantes et des pouvoirs publics une collaboration étroite, opérationnelle, pour apporter à la population des personnes vieillissantes des services de soutien psychologique de qualité, sans délai qui ne soit pas exclusivement numérique.

Les facteurs de risque de mortalité chez les patients infectés par le COVID-19 à Wuhan

Source : “Clinical course and risk factors for mortality of adult inpatients with COVID-19 in Wuhan, China : a retrospective cohort study”

Une équipe chinoise a identifié les principaux facteurs de risque de mortalité chez des patients infectés au COVID-19. L’étude a porté sur 191 patients issus de 2 hôpitaux situés à Wuhan. Parmi ceux-ci 137 ont pu rentrer chez eux et 54 sont décédés à l’hôpital. 48 % de ces patients présentaient une comorbidité dont de l’hypertension (30 %), du diabète (19 %), ou une maladie coronarienne (8 %). Une analyse multivariée suggérait une augmentation du sur-risque de décès à l’hôpital en fonction de l’âge plus élevé, du score SOFA (Sequential Organ Failure Assessment) et les valeurs des D-dimères (DD) supérieures à 1 μg/mL à l’admission.
L’excrétion virale était de 20 jours chez les survivants et détectable jusqu’au décès chez les personnes décédées avec une durée allant jusqu’à 37 jours chez certains survivants. Ces facteurs de risque peuvent participer à l’identification des personnes à pronostic défavorable, assez tôt dans le parcours de soins.

La durée d’excrétion virale apporte des éléments en faveur de l’isolement des personnes infectées et les stratégies thérapeutiques antirétrovirales.

Comment limiter la transmission du COVID-19 dans les maisons de retraite : repérer et contenir

Source : "Epidemiology of Covid-19 in a Long-Term Care Facility in King County, Washington"

Une équipe de chercheurs de l’État de Washington aux États-Unis a examiné le cas d’une maison de retraite médicalisée accueillant 130 usagers résidents et 170 employés et montre comment l’apparition en série de clusters d’infections au COVID-19 dans des maisons de retraite médicalisées peut constituer un risque majeur, en amenant à la saturation des capacités de soin de toute une région.

Dans ce contexte, le dépistage systématique des employés, les restrictions de visites et l’isolement des personnes exposées constitueront alors des outils efficaces pour lutter contre la propagation du virus. Ainsi, lorsqu’une prévalence inhabituelle de maladies respiratoires a été détectée dans l’établissement, des procédures d’investigation et de mise en quarantaine des personnes exposées étaient immédiatement été instaurées pour contenir le virus et l’empêcher de se propager dans d’autres établissements de santé par l’intermédiaire du personnel soignant.

Enseignements et recommandations pour la protection des usagers et des professionnels en établissement psychiatrique

Source :“Risk and prevention of novel coronavirus pneumonia infections among inpatients in psychiatric hospitals”

Dans le cadre de la crise sanitaire du COVID-19, une communication proposée par une équipe de chercheurs et cliniciens chinois dans Neuroscience Bulletin relève les enseignements associés à la gestion de cette crise et des pratiques prédictives d’un risque de contamination contrôlé, ainsi que les points de vigilance nécessaires en établissement psychiatrique, à l’égard des usagers et des professionnels.

Pour aller plus loin